Dimanche 3 juillet 2011 7 03 /07 /Juil /2011 19:21

Le Trotter Nama

I.Allan Sealy

Fayard, 2007

 

 

 

 

                                                                               Endosse le fardeau de l'Homme Gris

                                                                               Qu'aucun défi ne te rebute

                                                                               Que le Beau t'appelle ou sourie

                                                                               Lève-toi! Lève-toi et lutte!

 

 

De son ballon, Justin l’aventurier, fondateur de Sans-Souci, ému à la vue de la Terre, ouvre les bras et tombe, inaugurant une longue cascade dynastique de Trotter, mercenaires, scribes, cheminots et enfin miniaturiste – ou serait-ce... historien ?


Hérésie ! Dites "chroniqueur", car Eugene, septième du nom, n’a jamais pardonné à l’Histoire, cette intruse, d’avoir substitué son ordre poussiéreux aux temps héroïques où tout était possible à celui qui n’était pas encore «l’homme gris», ni noir ni blanc, l’Anglo-Indien. C’est de lui qu’Allan Sealy nous raconte les tribulations par bonds et par maux dans cette chronique, ce «nama» loufoque à souhait émaillé de rencontres et de recettes, mine de références et mine de rien qui vaille, truffé de chevaux de Troie, de jeux de mots, de non-sens et de limericks, trésor littéraire comme on en fait peu.

 

Justin tombe, point final d'une vie bien remplie dont il commençait à entrevoir la fin, puisqu'il laissa le testament dont voici le préambule (pp. 242-243):

 

Préambule au testament contenant les dernières volontés de Justin Aloysius Trotteur


      Afin que nul n’en ignore, moi, Justin Aloysius Trotteur, sain d’esprit et de digestion, de juste disposition, en excellente santé (est-ce ainsi qu’il faut faire ?), au souffle vaillant, à la solvabilité vif-argent (je viens d’ailleurs de réaliser une commission de quatre-vingt millle roupies sur l’achat par mon ami, l’eunuque Afridi Beg, de deux lustres de Bohême), endetté auprès de nul homme, femme ou autre genre de personne sous quelque forme que ce  soit, billets, lingots ou pièces, sonnantes ou trébuchantes, bijoux, lustres (posez-les, posez-les donc), joyaux, valeurs de toute nature, meubles ou immeubles, à l’actif solide et à la bonne volonté sans limite, n’ayant jamais séjourné en asile de fous, ni prison pour dette, ni pénitencier civil, criminel ou militaire, vierge d’inculpation pour turpitude morale, fiché à nul index, inféodé à nul garant, lié par contrat à nul État (mais à deux, oui), de mœurs sobres, d’humeur aimable, de transit fluide, d’honnêteté proverbiale (n’y a-t-il pas dans mes coffres des épées incrustées de diamants et des rivières de perles fines confiées à ma garde au taux de trente pour cent ?), de fortune suffisante, ferme dans l’adversité, méfiant dans la défaite, résolu dans la fuite, assidu dans l’encerclement, vaillant dans la poursuite, miséricordieux dans la victoire, colombe en pacification, mulet en reconstruction, chouette en administration, poisson en affaires, éléphant en crédit, crocodile en récupération, intègre au-dessus de tout soupçon, peu soucieux du formel, élégant de manières, décent – voire fringant – dans l'habillement, aimable de traits, avenant d’aspect, affable d’abord, beau joueur dans l’amende, en aucune façon dérangé, halluciné, incommodé, désorienté ou drogué au haschich, au bhang, au soma, au pétun, au pavot, à l’aphim, à l’opium ou autre substance narcotique, non plus qu’intoxiqué aux liqueurs fermentées ou spiritueuses, à la bière de palme ou de céréales, sans couteau sur la gorge, sans scorpion sous le nez, sans scolopendre dans ma tasse, sans la moindre amande amère pour le goûter, pouls normal, chaleur suffisante (suffisante !), urine limpide, selles moulées, sperme viril, poumons aérés, cœur vaste, cuticules bien dessinés, oignons traités, sinus dégagés, oreilles libres de cire, yeux libres de nuages, bouche libre de mensonge, rédige le présent testament contenant mes dernières volontés ainsi qu’en témoignent ma signature et mon sceau en dernière page.

     Le destin...

 

 

Par Chakori - Publié dans : livres
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Dimanche 4 avril 2010 7 04 /04 /Avr /2010 13:27

 

 

 

 

Certains mots devraient exister – encore

Certains mots devraient exister – déjà

 

 

Novateur, le traducteur ? Je ne sais pas. Il faudrait suivre le devenir de ses mots pour le dire. Mais à coup sûr créateur, créateur éphémère, alors pourquoi pas d’une langue plus riche chaque fois que la nécessité s’en fait sentir ?

Parce qu’un écrivain peut tourner autour du mot (absent), la tentation d’inventer ne se présente sans doute pas aux mêmes moments. Il peut changer de musique à son gré, de rythme quand il veut, aimer et faire aimer les périphrases à volonté. Le traducteur tient la voix de l’auteur entre ses mains, explore son espace et rien que lui, compense bien sûr, mais mesure, mesure, mesure.

 

 

Alors la tentation du mot juste à faire exister, du mot injustement forclos, du mot qui dort dans l’imaginaire…

 

Conservateur, sans doute, de tout ce patrimoine linguistique, mais plus encore rénovateur. Parce qu’il fait rejaillir et perpétue tout ce qui a fait le style à travers les âges pour faire chanter sa langue au plus près de celle qui l’inspire.

 

Traître ? Le plus souvent à lui-même, n’en déplaise à l’adage. Sauter le pas de se trahir : je l’aurais écrit autrement et pourtant je maintiens, c’est l’auteur qui parle à travers moi. La langue du livre traduit n’est pas la langue telle que je la parle en mon nom Dans ce décalage se situe la spécificité du traduit.

 

Mots réhabilités : 

 

autrice

 irremplaçable, voir l’article

 

fortitude

Il existait en français, il existe en anglais (fortitude), en italien (fortitudine) et j’en passe.  Il est irremplaçable : force d’âme, c’est trop de pathos.

 

Mots sortis de l’œuf :

 

intouché  (par)(donc intact) : le préfixe de négation est correct (intact, intouchable), le positif touché existe. Et intouché comblerait un vide. Car laissé intact implique que le choix de toucher ait été là et ne convient pas aux agents abstraits (ex : intouché par le drame).

 

DSCN2278                                                            chablutions matinales


pataouiner  (hors traduction) :  Amalor Jean emploie pataouiner pour pétrir de ses griffes, concernant un chat. J’adopte.

 

 

(à suivre)

Par Chakori - Publié dans : le choix des mots
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Dimanche 21 mars 2010 7 21 /03 /Mars /2010 17:10

 

À l'heure où le Festival de l'Imaginaire présente plusieurs spectacles de Krishnanattam en France, le temple de Guruvayur, non loin de Trichur au Kerala, qui entretient et patronne la troupe unique de cet art scénique dévotionnel multicentenaire, vient de clore son festival annuel, dix jours de rituels et de représentations artistiques à l'intérieur et aux alentours du temple. C’est le moment de l’année où le dieu sort parmi ses fidèles, apparition symbolisée par la bannière hissée en haut d’un mât de cuivre et visible des environs, mais aussi celui où les représentations quotidiennes de Krishnanattam marquent une pause : le sivéli du soir, rite plus élaboré que jamais avec notamment de longues séances de percussions confiées à des virtuoses, finit trop tard pour lui laisser place sur la pierre de l’enceinte à dix heures du soir. La course des éléphants élevés par l’entreprise qu’est aussi le temple (le plus riche de l’Inde après Tirupati) ouvre les festivités. Au terme d’un bref parcours dans la ville, le vainqueur reçoit l'honneur de porter chaque jour de l’année à venir l'idole de Krishna dans l'enceinte de son sanctuaire. Cette année, c’est à Gopi Kannan, 33 ans, que revient ce privilège pour la quatrième fois consécutive.


 

Cette idole, portative, est le double en métal précieux de la statue de pierre que les prêtres, au cœur du sanctuaire, recouvrent chaque jour de l'année d'une couche de santal, y sculptant une représentation différente de Krishna – jeune homme à la flûte, enfant espiègle tenant une boule de beurre volé... – que découvrent les fidèles, cou tendu parfois de loin pour l'apercevoir. Lorsqu'ils viennent contempler Krishna à l'heure vespérale d’ouverture du sanctuaire central, c'est au son de la Gita Govinda (sa légende amoureuse créée en sanskrit par le poète Jayadeva au XIIè siècle en Orissa, sur la côte opposée de l'Inde) chantée sur le seuil par un homme accompagné d'un idakka, petit tambour à cordes pressées.


 

Guruvayur vit, de religion et de commerce, au rythme des dieux, de leurs fidèles et de leurs pèlerins. De Krishna, bien sûr, mais aussi d’Ayyappa, le dieu ascète de Sabarimala qui déplace des foules immenses à travers toute l’Inde du Sud entre novembre et janvier. Ses pèlerins vêtus de noir, des hommes pour la plupart (seules les femmes non nubiles peuvent accéder à son sanctuaire) négligent rarement le détour par Guruvayur, entre autres visites de lieux sacrés. Ils sont nombreux parmi les fidèles à contempler, lors du sivéli du soir, l’idole de Krishna portée par Gopi Kannan encadré de deux de ses congénères et monté comme eux par trois brahmanes. Elle est maintenue dans l’ogive dorée du tidambu au-dessus duquel ondulent ses attributs souverains : éventails ronds en plumes de paon, chasse-mouches en poils de yak à manche d’argent. Le dieu est ainsi promené dans l’enceinte de son temple au son de diverses musiques, percussions, trompes, nagaswaram (hautbois) et chants, marquant des arrêts en plusieurs points consacrés de l’espace. Puis, après un dernier tour d’enceinte à pas rapides du seul Gopi Kannan suivi au petit trot par les fidèles, l’éléphant s’agenouille, les brahmanes en descendent, les portes du sanctuaire central se referment sur l’idole. Le dieu va dormir, mais la pierre résonne encore de quelques voix, de quelques balais qui nettoient le sol des déjections impressionnantes des pachydermes et le Krishnanattam « sort » en scène.


 

Entre la modeste dépense  d’une boule de santal, d’un peu de riz soufflé ou d’une partie du corps miniature en argent et le très onéreux tulabharam (une pesée contre son poids en bananes, en sucre ou en grain), la représentation de Krishnanattam constitue elle aussi une offrande. Le fidèle doit la choisir, la réserver, en faire l’achat à l’un de ces guichets dont l’alignement, le long d’un des murs intérieurs du temple, évoque plutôt une gare. Le choix peut obéir à de simples préférences personnelles, mais il est fortement suggéré. La Krishnagiti, le poème sanskrit de Manaveda qui relate la vie de Krishna (telle qu’elle est d’abord contée dans la Bhagavatam, texte pan-indien beaucoup plus ancien) et qui sert de répertoire, est découpée en huit épisodes dont chacun correspond plus ou moins à certain type de vœu que le fidèle peut souhaiter voir exaucer. Avataram, la naissance et la petite enfance de Krishna est très recherchée : on en espère la venue d’un enfant.  Swayamvaram, qui relate successivement deux des unions de Krishna, va évidemment appuyer le souhait d’un mariage – ou d’un bon mariage. Kaliyamardanam, dans lequel Krishna force un grand serpent à quitter la rivière du village, est donné dans l’espoir d’écarter un obstacle.


 

Tout se passe sur le sol de pierre inégal. La haute lampe de cuivre à deux mèches allumées marque seule la frontière entre ce qui est donné à voir et ceux qui regardent, ou plutôt qui absorbent. Car dans ce théâtre consacré, l’attention n’est pas impérieusement requise, le sens des longs exposés en sanskrit émaillant les pièces échappe à la plupart de ceux qui forment le public et la pierre est accueillante, comme le fut un temps celle des cathédrales, au sommeil des pèlerins fatigués et des sans-logis. Le dormeur n’en baigne pas moins dans l’influence bienfaisante de l’histoire de Krishna. Lorsque la représentation s’achève, les derniers spectateurs passent la porte du temple, qui se referme derrière eux pour quelques heures. Dehors, une queue de fidèles s’est déjà formée, anxieux d’être les premiers à voir la nouvelle figure de santal dont Krishna aura pris aujourd’hui les traits.


 

On dit souvent que le Krishnanattam est l’ancêtre du Kathakali. Un lien indubitable existe, même si la légende qui l’accompagne est incertaine, mais il est difficile de reconstituer l’état dans lequel il a influencé son cadet, tant le Kathakali a déteint aujourd’hui sur lui. En effet, la troupe de Krishnanattam, d’abord sous le patronage du Zamorin de Calicut, a connu une si longue période de déclin jusqu’à la moitié du vingtième siècle que cette forme théâtrale n’existerait plus, n’eût le temple de Guruvayur, lié à la dynastie, pris sous son aile ce qui restait d’elle et, plus tard, la responsabilité de sa restauration. L’opération ne fut pas sans faille, et des experts en Kathakali furent appelés à plusieurs reprises pour présider à sa restructuration scénique. Costumes, maquillages, langue gestuelle en portent les marques.


 

Cependant, tous les épisodes de la Krishnagiti baignent dans une atmosphère de vie quotidienne villageoise, où les femmes ont une présence très importante, étrangère au Kathakali, tout comme celle des enfants en tant que tels. On peut ainsi y voir, dans une très belle scène du premier épisode, Krishna et son frère Balarama apprendre à marcher, soutenus par leurs mères respectives. Toutes les incarnations féminines de la Déesse-Terre s’ornent de ce maquillage vert séduisant que seuls portent certains personnages masculins dans le Kathakali. Les masques qui couvrent le visage de personnages non-humains – divins, animaux ou démoniaques – sont spécifiques au Krishnanattam. La danse y est particulièrement mise en valeur, et accomplie souvent en groupe. Et le sentiment de dévotion ou bhakti prédomine, colorant nettement les émotions que le Kathakali décline dans une gamme beaucoup plus contrastée.


 

C’est qu’il s’agit encore d’offrande plus que de représentation, de contemplation du divin plus que de mise en présence du mythe, d’absorption plus que d’appréciation. Les tableaux abondent. Certains d’entre eux véhiculent une charge émotionnelle qui infiltre les esprits les plus désabusés, telle l’apparition du Vishnou miniature révélé à ses parents adoptifs dans Avataram ou, dans Swargarohanam (le dernier épisode, qui montre la réabsorption de Krishna en Vishnou) , la présentation de Vaikuntha : la culture hindoue du Kerala a versé dans la description de son paradis toutes les images exubérantes de son rêve, décors, couleurs, fleurs et flammes. Ses dieux et ses déesses entourent Vishnou allongé sur le grand serpent Ananta, une multitude de lampes brûlent et reflètent le feu. Micros coupés, des chants montent, ténus, fervents. On a secoué tous les dormeurs.

Par Chakori - Publié dans : les arts vivants au Kerala
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Samedi 20 mars 2010 6 20 /03 /Mars /2010 11:56
éclairage public à Jaipur

Prologue:
Tomber, amoureux, des nues, dans l'oubli, en désuétude. Il y a quelque chose dont je suis tombée amoureuse, c'est la cohésion qui fait la densité et la validité collective d'une langue; quelque chose qui pour moi n'est pas tombé dans l'oubli, c'est ce qui tombe sous le sens. Quelque chose qui me fait tomber des nues, c'est l'arbitraire du choix des commissions pseudo-linguistiques (fussent-elles composées de quatre femmes!) et la docilité hébétée de qui entérine, admet et pratique sans réfléchir. Quant à la désuétude, synonyme passablement bourgeois de poubelle, y tombe souvent du solide comme neuf à quoi l'on n'accorde d'autre évaluation qu'un petit mépris, à peine marqué aux commissures  (tombantes, elles aussi).

                                           ***
Au commencement, était l'aut-. Le radical. Le sens.
Un homme, un aut/eur.
Une femme, une aut/rice.
Mais autrice est tombé en désuétude, me dit-on.
(En Italien, autrice n'est pas tombé en désuétude.)
À présent, on dit auteur-e.
Peut-être, mais je refuse d'employer ce terme.
Parce que ce n'est pas un féminin, c'est un féminisme. S'il a sa place dans le vocabulaire, c'est en tant qu'idéologisme, pas en tant que féminin.
  
C'est que nous avons, depuis une dizaine d'années, un guide de la féminisation des noms de métiers qui nous suggère, concernant l'aut- femme, ce masculin+e: auteure. C'est simple, il suffisait d'aller le chercher au Canada, mais le raisonnement derrière la proposition, quel est-il? Probablement celui du moindre effort de réflexion. Car enfin, auteur-e, c'est une aberration.
 
Sans doute pas aux yeux des féministes primaires du "tout comme l'homme" qui voudraient voir dans la condition féminine un mélange des deux pouvoir(e?)s, manquant cruellement d'imagination et d'originalité en tant que genre, et qui croient s'en tirer en "en rajoutant". Le e de auteur-e, c'est un petit chien au bout d'une laisse, re-lent, re-mugle et re-mettez-moi ça la patronne. Il y a aussi ceux qui sont d'avis qu'on peut faire ce qu'on veut d'une langue, créer des suffixes sans se soucier de cohérence, comme ça, pour le plaisir de manipuler du langage. Mais qui croit à la neutralité des mots et au caractère fortuit de leur formation se met le doigt dans l'œil. Les mots travaillent. "Ça parle", ça n'a pas fini de parler. Il y a certains modes de réflexion qu'il vaudrait mieux ne pas laisser trop facilement tomber dans l'oubli, étiqueter désuets, sans en avoir fait sienne la substantifique moelle. Et un mot pareil, ça mérite réflexion, non?

Or, que dit la langue ?

1. qu'il existe à aut- un féminin logique et naturel, autrice, et que l'argument de la désuétude ne tient pas la route à partir du moment où l'on cherche à rendre au féminin une place dont on aura noté que dans ce cas elle était perdue, puisqu'autrice existait, n'est-ce pas? Car c'est aussi cela que dit la désuétude, en l'occurrence. (Intéressant, non, pour qui croit inventer un progrès?)

2. Que le suffixe -eure féminin existe pour les adjectifs (et substantifs dérivés) comparatifs venus du latin -or: major -> majeur, majeure, etc.
Que ne continue-t-on à la réserver à ceux-là, en vue de la transparence étymologique qui fait une des beautés de la langue !

Voyons à présent ce qu'on me dit à la défense d'auteur-e et contre autrice:

NB: tous propos recueillis auprès de traducteurs et d'éditeurs...

1. "auteur-e, ça ne me gêne pas" (ça, c'est de la réflexion !) ; 2. "autrice, ça ressemble à autiste" (mais pas actrice ? pas artiste ?); 3. "Autrice, c'est laid" (plus qu'actrice ?) 4. "C'est une question d'oreille" (l'oreille seule est sourde sans le cerveau derrière) 5. et depuis un moment, évidemment, puisqu'on le voit partout: "auteur-e, c'est l'usage".

On notera que la dimension linguistique n'occupe absolument aucune place dans ces réactions, toutes subjectives. Gageons que passé quelque temps, l'usage d'autrice ne ferait plus réagir personne. Je me suis d'ailleurs amusée à un petit test qui tend à asseoir cette hypothèse en proposant écrivaine (qui n'est pas synonyme d'autrice dans tous les cas, bien entendu). Réaction de plusieurs personnes : " Oh la la, on entend "vaine", là-dedans ! (entendez : ça la fiche mal pour la défense de la femme) ! Réponse: et dans "écriVAIN", on n'entend pas vain? Petits rires gênés. Eh non, on n'entend pas.

Voilà la teneur des débats. Vu leur niveau, l'usage gagnera,
même si c'est la voie de la médiocrité. C'est même pratiquement déjà fait, on trouve auteur-e dans les journaux, les catalogues...

Quant à moi, j'utilise résolument autrice. Dernièrement, une éditeur-e, euh, pardon, une éditrice, me l'a refusé, au motif que "ce n'est pas beau". (à ce rythme, il va falloir supprimer "concupiscence" de la langue, et en vitesse!) J'ai cédé.  Non pas à l'argument – j'en attends de plus solides pour changer d'avis,– mais parce qu'à sa place on ne m'a tout de même pas imposé auteur-e, "seulement" auteur – un moindre mal selon moi.
Et je ne cesserai de proclamer haut et fort que tout comme mon père en est l'auteur, ma mère est l'autrice de mes jours.

 À ta mémoire, Jeanne.



Par Chakori - Publié dans : le choix des mots
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  • : 19/05/2008
  • : Le blog de Dominique Vitalyos, traductrice littéraire du domaine indien (de l'anglais et du malayalam en français), keralaise à mi-temps

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  • Chakori
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  • Marseille Inde (Kerala)
  • Il s'en faut de peu que l'on n'ait été quelqu'un d'autre. J'ai laissé ce qui m'arrivait guider mon cours et la vie m'a appris que Pseudosapiens s'était trompé : c'est la peur qui motive l'écrasante majorité de ses actes depuis les origines.

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