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Sur la scène rudimentaire du Kathakali, au cœur de nuits blanches de toutes les couleurs, un univers foisonnant de vie expressive et symbolique, peuplé d'incarnations divines, de héros princiers protecteurs de l'ordre, de démons ivres de pouvoir, de femmes bien nées et d'ogresses lubriques envahit l'espace-temps de nos rêves abandonné par le sommeil.

 

00000128.jpg                        photo Marjorie Moreau

 

Le texte, le chant, le mode musical et les percussions convergent  vers l’acteur, qui les traduit en danse, en mots gestuels et en expressions projetés vers le monde du parterre. C’est lui qui arrange ces fibres d’art en tresse signifiante pour dégager une lecture verticale de tout ce relief théâtral. Son costume et l’énergie  dont il anime ses mouvements révèlent à quelle catégorie d’êtres il appartient. Il martèle le sol, coule un pas, puis un autre, se livre à une danse guerrière, majestueuse, délicate, séductrice ou obscène, son regard a le pouvoir d’incinérer ou de suggérer la caresse. Il ne dit rien,

 

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mais dessine en creux dans l'espace la parole reçue des chanteurs, en une langue d'autant plus accomplie qu'elle est servie par plusieurs niveaux de signes. Son visage libéré de l'énonciation, recouvert d'un maquillage soigneusement élaboré, traduit les sentiments du personnage dans une palette d'expressions codifiées à laquelle son talent et son expérience apportent toutes les nuances de la  vie et qui ne le cède en rien au langage verbal dont son art le dépouille. Ses yeux et tous les muscles de son visage parlent. Costumes et maquillages sont de couleurs vives et de volumes insolites.

 

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Le texte, poème épique, est chanté. Ses deux interprètes relatent l'histoire et ses dialogues sur différents modes mélodiques en frappant la mesure, l'un sur un petit gong, le chengila, l'autre avec des cymbales (ilattâlam). Deux sortes de tambours aux timbres différents, l’un masculin, l’autre féminin, enrichissent le rythme de variations complexes. Le chenda  vertical, frappé avec des cannes, et le lourd maddalam  horizontal, joué avec les doigts et la paume de la main sur ses deux faces, déclinent — tonnerre ou rivière, fureur ou langueur — les modulations de l'atmosphère évoquée, sculptent un halo sonore aux frémissements du personnage. Aucun décor n’est nécessaire, les différentes composantes visuelles et sonores suffisent à découper la scène en nous; les personnages figurent, eux aussi, la situation évoquée. Un inconfortable tabouret sert  à la réflexion dans la solitude, à dire le statut supérieur de celui qui écoute (les inférieurs restent debout), à rendre immense l'être qui se présente derrière le rideau, ce tirasshila tendu à bout de bras par deux hommes en pagne blanc, torse nu, qui ponctue  apparitions, disparitions, métamorphoses.


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Quant aux mythes véhiculés par les histoires, ils nous placent dans une perspective décalée et spacieuse d'où se dégage un sens modifié des proportions. Ils nous invitent à laisser s'exercer la parallaxe des mondes et glisser en nous les contours d'un réel résolument insaisissable, purement relatif.


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                       ©texte et photos (sauf mention) Dominique Vitalyos, Journal de vie keralaise, 1987, extrait.

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  • Il s'en faut de peu que l'on n'ait été quelqu'un d'autre. 
J'ai laissé ce qui m'arrivait guider mon cours
et la vie m'a appris que Pseudosapiens s'était trompé : c'est la peur qui motive l'écrasante majorité de ses actes depuis les origines.
  • Il s'en faut de peu que l'on n'ait été quelqu'un d'autre. J'ai laissé ce qui m'arrivait guider mon cours et la vie m'a appris que Pseudosapiens s'était trompé : c'est la peur qui motive l'écrasante majorité de ses actes depuis les origines.

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Merci à Olivier Dion/Livres-Hebdo pour le portrait de l'avatar


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